cheminement

 

 

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mon approche du dessin

                                                        « Le monde m’apparaît comme un labyrinthe. Je veux y trouver mon chemin et c’est en dessinateur que je dois le faire. »1

 

  

         J’appréhende le dessin quasiment comme un aveugle pourrait questionner l’espace, la matière, l’univers labyrinthique, en me tenant à mon crayon comme à un bâton. Un aveugle, qui, dans un rituel quasi magique, tenterait de transcrire le champ visuel que sourde toute son intériorité.

L’outil, tel un prolongement de la main, du corps, me fait écho au caducée d’Hermès, dieu psychopompe. Chaque dessin est la trace de ce voyage entre le monde des vivants et des morts, entre Eros et Thanatos, entre le Réel et le Symbolique.

         Je tente de traduire cette part invisible de l’être qui pousse toujours au-delà les limites du corps

         Lentement, en suivant les lignes, en leur donnant forme, le dessin devient alors le miroir témoin du passage des profondeurs de l’être à la lumière. La feuille de papier, surface miroitante, représente à mes yeux (ouverts à la nuit) le monde à l’envers.  Il s’opère un renversement sur la table à dessins…

   

Je pense qu’il est toujours question de mort et de séparation dans l’alchimie du dessin, comme s’il fallait poursuivre une dialectique silencieuse et secrète avec d’improbables compagnons imaginaires ou des ancêtres, qui jailliraient sur la feuille blanche.

L’art et la mort sont inextricablement liés. Je suis convaincue comme le soutient Jean Genet en observant les sculptures de Giacometti : « Non, non, l’œuvre n’est pas destinée aux générations enfants » ; « toute œuvre d’art (…) doit avec une patience infinie, depuis les moments de son élaboration, descendre les millénaires, rejoindre s’il se peut l’immémoriale nuit peuplée de morts… »2 !

Toute image, tout dessin est un masque, une fenêtre ouverte sur la mort. Didon s’exclame en mourant dans Virgile : « Et maintenant je vais descendre sur la terre comme une grande image. ».3 Cette image fait référence aux « imagines », les masques des ancêtres chez les latins.

                Dans cette approche de l’art et ce trouble désir de donner forme à l’invisible, je pense renouer avec un certain animisme ou donner corps aux mythologies polythéistes, non pour seulement sacraliser le vide ou donner du sens à ce qui peut manquer dans notre société comme dans la vie ; mais parce qu’il me semble avoir une perception assez étrange de l’univers, parce que j’aime les mystères, écouter le silence, voir ce qui ne se voit pas normalement…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

1 KUBIN Alfred, « Le travail du dessinateur », Allia, 2001, p 47-48.

2 GENET Jean « L’atelier d’Alberto Giacometti », l’Arbalète, 1963.

3 QUIGNARD Pascal, « Le sexe et l’effroi », Glld, 1994, p 61.

 

 

 

 

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